Ateliers d’écriture
Je propose différents cycles d’ateliers au cours desquels l’écriture joue son rôle de lien : de soi à soi, de soi aux autres.
Ils s’adressent à toutes et tous.
J’en ai réalisé en milieu scolaire, ainsi qu’auprès de publics divers et dits vulnérables,
sur la demande d’associations à vocation sociale ou culturelle.
Pour les particuliers
J’anime un cycle d’ateliers réguliers au café librairie Le Bojangles, à Saint-Brieuc, ainsi que des ateliers thématiques Au numéro 41 à Quévert.
Vous souhaitez partager un moment fort et convivial, avec des amis, je propose : « Les Ateliers sur mesure ». Nous échangeons sur les thématiques qui vous portent, je viens proposer un atelier dans votre salon, votre jardin.
Pour les structures ( Associations, EPHAD, résidences séniors, MJC, centres sociaux, hôpitaux,…)
Je propose des ateliers en direction du public accueilli par votre structure, mais cela peut être aussi en direction des équipes, et cela pour favoriser l’interconnaissance et la cohésion.
Pour les publics, il s’agit de s’appuyer sur l’écriture pour favoriser l’expression de soi, et plus profondément l’estime de soi. C’est un médium qui permet de solliciter à la fois le vécu et l’imaginaire ; la mise en forme créative des émotions, des souvenirs parfois difficiles, peut avoir des vertus réparatrices.
L’atelier ne vise aucune performance, n’exige aucune compétence préalable. C’est un moment de plaisir, de partage et de réassurance.
C’est aussi un vecteur d’ouverture culturelle : la découverte de textes littéraires, riches et variés, et présentés comme une source d’inspiration, non pas d’autorité.
Combien ça coûte ?
Le tarif comprend la conception de l’atelier : recherche des supports, élaboration des consignes… et son animation.
Pour les particuliers : 20 euros la séance de 2 h, 25 euros pour une séance de 2h30
Pour les structures : 150 euros la séance d’une heure trente / 180 euros la séance de 2 heures
Comment se déroule un atelier ?
Un cadre est posé en amont afin de mettre les participant·e·s en confiance. Il présente le déroulement de la séance, l’importance du non-jugement, de la confidentialité et de la bienveillance. Chaque séance dure d’une heure trente à deux heures, voire deux heures et demie en fonction du public, et s’organise autour d’une même thématique, et de deux ou trois propositions d’écriture. À partir de lectures de textes, ou de photographies, d’objets…, les participant·e·s sont invité·e·s à écrire un texte en un temps limité. Puis à lire, si souhaité, leurs textes à voix haute pour les mettre en partage.
Il est intéressant de proposer un cycle d’ateliers, d’au moins trois séances, afin de parvenir à une cohésion de groupe favorisant l’échange d’énergies, le tissage de liens de confiance.
Textes d’ateliers
Cathy
Apprivoiser sa solitude
« La mer râle. Elle se rebelle, se contorsionne. Le vent l’a encore réveillée. Elle exprime son mécontentement dans le grondement de sa houle, par l’ampleur de ses vagues. Ses bras imaginaires battent les fonds marins, les remous agitent ses habitants sous-marins. Elle s’en fout, ses sujets n’ont qu’à se soumettre à ses caprices. C’est facile pour eux, ils vivent en dessous, à l’abri. Ils ne savent pas ce qu’elle ressent, elle, là haut, à la surface, le soleil qui l’a fait s’évaporer, le vent qui la laboure continuellement lui laissant peu de répit, même la nuit. Elle ne peut échanger avec eux, ils ne parlent pas le même langage.
L’obscurité totale de la nuit noire est ce qu’elle craint par dessus tout. Les navigateurs ont peur d’elle la nuit, ils ne savent pas qu’elle est encore plus terrifiée qu’eux. Depuis le début du monde, elle connaît l’alternance du jour et de la nuit. Malgré la peur ressentie, cette succession l’inspire, elle partirait bien dans de grandes envolées lyriques sur la lumière de la lune, l’ombre des nuages, les étoiles filantes et elle partagerait ses réflexions sur le temps. Mais, voilà, elle n’a personne à qui se confier. Elle a bien essayé de converser avec le ciel mais il est trop inconstant, ses sautes d’humeur incessantes ont eu raison de leur amitié naissante. C’est dur de ne pas pouvoir livrer ses vagues à l’âme.
Cette solitude, elle tente de l’apprivoiser. Elle s’occupe comme elle peut. Son passe-temps favori, c’est de faire chier les humains. Au cours des millénaires, elle a affiné sa technique en la matière. Provoquer des raz des marée, causer des naufrages, emporter leurs faibles embarcations, détruire leurs fragiles constructions bétonnées. Elle a conscience d’abuser de sa puissance. Au fond d’elle-même elle sait que ce n’est pas joli-joli.
Rarement, elle accepte de se laisser apprivoiser par certains êtres vivants de là-haut, les tout-petits. Eux, elle leur fiche la paix. Grâce à ces petits, elle se rappelle sa propre genèse, lorsqu’elle n’était qu’une mare. Elle a l’espoir qu’en grandissant, ces êtres soient ses protecteurs. Quand ils approchent d’elle, elle se fait mer d’huile pour ne pas les effrayer. Elle enveloppe les jeunes tortues hardies qui la rejoignent péniblement. Ses douces vaguelettes lèchent les petits pieds des enfants humains. Elle leur cède tout, même lorsqu’ils la chatouillent avec leurs pelles et leurs seaux en plastique.
Parlons-en du plastique. Depuis que les hommes ont inventé cette merde, elle en est envahie, elle essaie de s’en débarrasser en rejetant les intrus sur les plages. Elle est débordée. Elle ne s’y fait pas à ses immenses plaques colorés de plastique aggloméré, ça lui fait comme de l’eczéma. Enfin si, ça aussi, elle a appris à vivre avec. Elle se raisonne en se disant qu’au fond elle s’en fout de tout ça. Elle sait qu’elle leur survivra. Les humains auront couru à leur propre perte. Elle, elle sera toujours là, intacte et immense. Et aussi toujours désespérément seule. »
Eva
Nos feux
« La saison du voyage et de la sueur. La saison où l’on marche toute la journée dans une ville labyrinthique à la recherche de la beauté, de l’autre. A la maison, c’est la saison du jardin et des fruits du marché, des après-midi de lecture à l’ombre alors que les rayons du soleil nous attaquent les pieds. Cette année pourtant, trop de soleil. Une telle chose est possible. L’herbe est jaunie et la terre s’effrite. On arrose les fleurs clandestinement et l’on évite de penser aux forêts qui brûlent, même ici, à quelques kilomètres. Ici nous sommes en sécurité, mais pour combien de temps ? La performance continue : glaces, cocktails, limonades à la lavande, dîners dehors. Il s’agit de préserver un certain équilibre qui n’a jamais été aussi fragile : l’idée que cet été enchanté est éternel, qu’il reviendra toujours comme un ami bienvenu et non comme une force foudroyante que nous devrions craindre. L’été s’achève, la pluie revient. C’est encore bon pour cette fois. »
S’écrire, se raconter
« Je suis deux. Nous sommes deux ? Il y a ce petit fantôme que je porte comme une vieille robe à laquelle on s’est attaché. Quand je crée, quand j’affirme que je suis artiste, la robe tombe et je deviens la créature. Je suis informe. Je ressemble à une parodie d’être humain. Il ne faut pas s’y fier. C’est l’artiste pure, l’être d’énergie qui n’est pas entravée par les conventions. Je suis toujours une femme, mais mes épaules sont fragiles. Mon corps se fait tronc d’arbre pour porter ce qu’est devenue ma tête. Un capuchon de chair me couvre le visage. On devine la bouche et un gigantesque œil. Tout ce dont j’ai besoin pour appréhender le monde. Alors que mon enveloppe est pâle et se fond dans le décor, je suis vibrante. Mes couleurs s’affirment et je déclare que je suis là. Personne ne peut me faire partir quand je suis moi. Je le revendique. Je suis la créature et je suis venue créer et exister. Pour briller.
« Bonjour !
-Bonjour.
-Votre amie ne parle pas ?
-Oh, ce n’est pas une amie. C’est mon enveloppe.
-Je comprends. Moi aussi je crois que j’ai une enveloppe.
-Vous pouvez l’enlever ?
-Quand je crée j’y arrive. J’oublie de la porter parfois. Cet étrange corps, pâle et potelé comme une larve.
-Quelles sont vos couleurs ? Sous le corps ?
-Beaucoup de vert je crois. Un peu de violet. Du noir. Des éclats terribles sous un lac placide.
-C’est de là que vient la force.
-Oui, je le crois aussi.
-Vous vous peignez beaucoup ?
-Parfois, pour essayer de combler la fracture. J’ai du mal à entretenir ce corps dont je me sens si séparée.
-Mais il y a peut-être quelque chose à garder ?
-J’aime bien mes yeux. Si je me concentre suffisamment, j’arrive à sentir la créature à l’intérieur. Des nageoires, des écailles, des griffes.
-Moi j’ai un œil au milieu du visage.
-Je le vois, je le vois.
Je suis allongée sur la terrasse. Le bois chaud porte mon dos, le soleil me transperce. Si je fais bien attention, si je fais un effort, je peux aller beaucoup plus loin. Les insectes du ciel et de la terre s’étendent avec moi. Je me confonds avec les racines, avec les arbres, les rosiers. Il fait trop chaud mais je reste ancrée dans le sol. Chaque brin d’herbe vibre avec moi. Chaque étoile invisible m’effleure. Je suis incarnée, mais plus encore. Si je ferme les yeux, je guette le chant des oiseaux, les cris des enfants dans les jardins. Je me fais air et je passe juste dire bonjour. Je porte les oiseaux avec le vent alors que je commence à ressentir la ville toute entière. J’espère arriver à une forêt. J’aimerais pouvoir rester jusqu’à ce que la lune soit là. Je peux sentir l’océan sous mes doigts. Je suis rassurée. Ne plus pouvoir sentir l’océan serait une tragédie. Tout à coup, un tour de poignée. Je suis ramenée à mon corps, brutalement. La performance reprend et j’oublie la courbe de la Terre. »
Sofi
Être « Je »
« Je suis une, je suis deux, je suis les autres
Je suis la belle, je suis la monstrueuse
Singulière et plurielle
Mon miroir est celui du monde
Palette de couleurs, traversée, controversée, inversée, dispersée
L’unité dans la diversité
Comment je me vois ?
Comment me vois-Tu ? Toi, mon Autre
Te dire qui je suis dans la plus petite intimité
Possible de l’impossible ?
Alors, regarde-moi, et, dans ton œil je me révèlerai – authentique –
Le temps du regard, seulement.
« Pourquoi ces couleurs ? Pourquoi deux ?
– Oh ! Toujours pourquoi ?! Ne puis-je pas être telle que je suis ? Blanche et noire, deux opposées en une.
– La vivacité : tu l’as oubliée ? Tu es si pâle quand on te regarde.
– Non, non, non et oui, oui, oui : tu ne me vois pas comme je suis. Le diktat des autres. Je veux « Être ». Libre de tout. Eclater les barrières. Sortir de moi, de toi, de tous, pour… pour qui ? »
Dans mon écrin de nature, si immense, emmitouflée dans mon terreau, arrosée par l’eau de pluie, de graine, j’ai poussé. Un petit rien qui prend forme et s’en va vers la lumière. Une tige, des poils, je monte en l’air, je m’envoie en l’air. Je sors de terre, j’hume l’air si frais, si bon. Verte, je frétille, balancée d’un côté et de l’autre. Je me développe : mes branches naissent ; au bout, des feuilles. J’observe tout autour de moi : des copains, des copines, les mêmes ou des différents. Variété du monde : je suis au centre. Communication – Communion – Union. Et un jour, une fleur, des fleurs, fortes et délicates, multicolores, parfumées. Je brille, majestueuse. Je m’offre au soleil, à la vie. Unique. Je suis L’Arbre. »
Aurore
Atelier -S’écrire, se raconter.
Invitation 1
Laisser de l’espace. Toujours. Peut-être. Il me faut de l’espace, garder autant d’éclats de pages blanches, sinon comment la couleur pourrait-elle arriver si je remplis tout. Surtout laisser de l’air à l’endroit du cœur. Qui comme la lumière blanche contient toute la palette. Et absorber. Choisir de voir et garder trace des empruntes-éclats. Mosaïque de vie. Ça dessinera bien une cohérence. S’il en faut une. De loin. Sûrement. Et choisir de laisser l’espace clair autour aussi, ces déchirures, même si mes yeux se chargent de noir, mon regard veut encore voir tous ces espaces blancs encore possibles. Avoir arraché à la toile sombre du monde des éclats d’encore possible. J’ai arraché toutes les traces sur ma gorge. Je ne suis pas une couleur, j’en suis toutes les mémoires éclatées. Tout le spectre en pleine lumière redevient blanc.
Invitation 2
– Viens, on sort du tableau.
– Non, je ne peux pas, j’y ai mis trop de travail, trop d’efforts pour figer la couleur.
– Figées, oui on l’est. J’ai mal à toutes les articulations. Je rouille. C’est bien joli cette image mais je ne sens plus ton odeur.
– Si on sort, que deviendrons nos formes ? Qui nous racontera ? Qui se souviendra ?
– Plutôt redevenir le vent que rester son emprunte.
Invitation 3
Est-ce que la fièvre serait venue pour me réveiller ?
Je courais, sans corps, ma tête tissait ses étaux, je ne m’en rendais pas compte, la machine produisait puis j’ai trébuché dans un bain chaud. Soudain, comme dans la baignoire de mes 4 ans, je joue à écouter sous l’eau. La voix des adultes est atténuée, changée en bourdonnement. Mes bras flottent, je me sens à la fois masse lourde et en apesanteur. L’eau est pleine de murmures, elle me raconte des secrets qui ne se disent qu’au ralenti. Les pas qui circulent dans la maison font vibrer les parois en profondeur. J’oublie ou crois que ma respiration peut se retenir encore. Alors j’entends fort les battements de mon cœur. Puis le bout des narines respire et sent la chaleur de tout le reste du corps. Un frisson de cet air là-haut. Rouler encore.
Convier la beauté dans l’imminence de la catastrophe.
Ça y est, au revoir les montagnes.
Vertigineuses. Il paraît qu’il y a des vortex énergétiques par ici.
Je ne sais pas. Les rêves étaient intenses.
Elles étaient intimidantes ces montagnes. Etonnantes. Révérence. Oui, petite danse toute en courbes sur les lacets de la route, un tournis, une joie puis une révérence.
Elles sont quasi inhabitées. Elles cachent des sources chaudes. Les secrets sont bien gardés, les sentiers qui écorchent les genoux.
Le lacet me berce, un jeu, un envol, le vent à la fois chaud de l’été et frais du mouvement. Dévale. Je pourrais éteindre le moteur que je serais glissée toboggan jusqu’à la plaine. Soudain brûlante. Soudain cigales. Soudain lunettes de soleil et gel dans les cheveux. La ligne droite file, les platanes, les villages superette pharmacie, les vignes, Corbière, tout est rouge. Puis noir. Là depuis ce pied de vigne jusqu’aux collines tout autour, une vague a carbonisé toute vie. Tout à l’heure les panneaux attention vendanges à chaque entrée de village, mais des ceps charbon à perte de vue.
Par endroits on voit la frontière entre ce que les langues de feu ont mangé et ce qui a juste senti arriver.
Les villages se sont défendus.
La frontière s’arrête à quelques mètres des terrasses.
Ils n’ont pas défendu la forêt.
Ou moins. Ou moins vite.
Des hommes assis sur leur banc. Quelques mètres carrés familiers mais tout autour carbonisé.
Calme aujourd’hui.
Mais à chaque regard levé, la marque de la désolation.
Combien de temps pour renaître.
Combien de temps avant la prochaine lame.
Je ne veux pas grandir !
Je ne veux pas grandir.
J’ai trop peur de l’entonnoir.
Et quand la torpeur ou la raideur me trompe,
Je glisse dans le silo.
La paroi est toute lisse, tous les grains sont d’accord pour suivre le mouvement.
Peut-être à la première chute on rebondit, on crépite, futur popcorn encore scintillant puis assez vite le tourbillon nous entasse on devient masse.
Je vois plus le ciel. J’étouffe.
Alors me souvenir, nous souvenir
Qu’on était graines
Qu’on était pleines, plaines, qu’on était plein
Qu’on vole au vent
Quitte à ce que l’oiseau nous gobe.