« L’écriture, comme la parole, est à tout le monde. Prenez-la. Ce que vous avez à dire vaut la peine d’être crié ou écrit. »
Martin Winckler
Biographie & récit de vie pour les particuliers
Vous souhaitez faire le récit de votre vie, d’une expérience particulière : une rencontre, un voyage, la traversée d’une maladie ?
Vous souhaitez écrire une lettre à un proche, un discours d’hommage, un portrait ?
Je suis là pour vous accompagner à prendre la plume, je peux devenir votre main.
Toute vie, tout instant de vie a quelque chose d’unique et de précieux à raconter, mérite de laisser une trace.
Récits pour structures et collectifs
Vous êtes une entreprise, un comité de quartier, une association… vous souhaitez témoigner d’une expérience collective, d’une histoire en train de s’écrire, d’un passé qui risque de s’effacer, je peux recueillir vos voix et tisser un récit collectif.
Ateliers d’écriture
Vous êtes une structure qui accueille du public, ou qui souhaite renforcer les liens de votre équipe, je propose différents cycles d’ateliers au cœur desquels l’écriture joue son rôle de lien : de soi à soi, de soi aux autres.
Je suis Marion Millo, écrivaine et biographe.
Auparavant professeure de français puis chargée de mission en planning familial, l’écoute et l’accompagnement sont les fils conducteurs de ma vie.
J’ai à cœur de partager mes aptitudes et mon expérience pour mettre en lumière les histoires oubliées, les destins singuliers et les fragilités qui finalement font notre force.
Prenons ensemble les chemins de traverse !
Morceaux choisis



L'innocence
Le Parasol
« Elle fit quelques pas avant de recevoir la fraîcheur de la bise en plein visage. L’air sentait déjà la mer, la paresse lourde du goémon échoué sur la grève. Les souvenirs arrivaient avec l’odeur. Les courses folles sur la plage, la « mouette rieuse » comme la nommait son grand-père quand il la récupérait, échevelée, dans ses bras tendres… les parties de pêche à pied où on pouvait s’écorcher les doigts contre les arêtes des rochers… le beau sang rouge qui rappelait les premières cerises du jardin. Martha sentit sa gorge se serrer, il fallait faire cesser les images parce que certaines ne devaient pas surgir, ni maintenant ni plus tard.
Plus elle approchait du domaine, plus son pas languissait. Elle pouvait voir déjà les grands chênes qui traçaient la ligne de frontière, se demandant comment elle avait pu un jour se sentir chez elle de l’autre côté du monde. Dans la grande bâtisse arrogante qui surplombait la baie de Saint-Dunaire, dans son étreinte de pierre et de tourelles, dans le mécanisme bien huilé des habitudes familiales. »
L’Enfant
« Les enfants couraient sur la plage et envoyaient leurs cris aux mouettes pour les leur coudre aux ailes. Le sable humide collait aux pieds et ils s’amusaient des traces qui demeuraient après leur pas. Ils n’en n’avaient jamais fini de cette mer de cassonade qui faisait crisser leurs jeux, de cette archive éphémère où imprimer leur course. Le vent d’avril était encore frais mais à leur âge, on ne craint rien. Ils s’ébrouaient dans les vagues en faisant gicler les embruns de leurs rires.
Les tableaux d’enfance ont quelque chose de trop précis pour qu’on y croit tout à fait. Cela ferait un beau souvenir pourtant, avec ce ciel presqu’artificiellement bleu, les maillots colorés qui tachetaient l’espace d’insouciance, les visages fendus par les sourires larges de l’innocence. Le gamin aux boucles brunes qui sautait dans l’onde et réémergeait soudain la tête à moitié couverte par une algue tentaculaire, gorgone pour de faux. Les ricochets au bout de la main agile qui faisait le décompte des promesses à chaque rebond. Les mâchoires se refermant sur le beignet à la crème qui vous laissait son empreinte de gras et de bonheur sur les doigts. C’est une éternité qui s’installe. »
Tout rendre au vent
« Anna rit à gorge déployée et ses pieds sautillent dans l’herbe humide, fraîchement coupée. Elle est si petite encore, comme cet oiseau là-bas qui tarde à prendre son envol. Lorsqu’elle plonge son visage dans la transparence scintillante de la rivière elle est saisie par l’intensité du froid. Elle n’a jamais éprouvé de sensation aussi violente. Au lieu de se déprendre au plus vite de l’emprise de glace, elle s’y attarde, s’y complaît et ne refait surface que pour avaler une gorgée d’air douloureuse. Elle voudrait y pénétrer tout entière, se faire aussi dure que la roche sur laquelle les eaux viennent se briser, que son corps ondule aux caprices du courant et perde cet étrange poids qui déjà, si tendre, le fait ployer. Elle pense aux saumons dont on lui a appris qu’ils remontaient les rivières et contemple les perles d’eau agonisantes sur sa peau. Elle en fait le décompte comme autant d’écailles luisantes. Elle aussi voudrait contraindre le cours de l’eau, demeurer encore dans la prairie douce de l’enfance, mais la voix du père, impérieuse, a décidé pour elle d’un tout autre paysage. Anna plonge de nouveau la tête sous l’eau glacée et songe un instant à l’y laisser. Un instant si lent, si patient qu’il pourrait durer toujours. La douleur devenue insoutenable de l’air qui s’amenuise la livre à un sentiment de toute-puissance. Je peux souffrir jusque-là et plus loin encore. Jusqu’à ne plus souffrir, jusqu’à ne plus jamais obéir. »
Les mots bleus
Extrait 1
« L’eau me coud une seconde peau de fraîcheur, j’en perds la conscience de mes contours. J’ai disparu dans l’onde. Et me voilà qui réapparais dans l’ondulation des dulses, je suis des yeux la courbure de l’horizon, me noie dans sa ligne de fuite et c’est bon. Mes vêtements sont de trop maintenant, incongrus carrément. Je me démène pour les retirer et les regarde bientôt s’éloigner, épaves d’une autre vie. Alors je me mets à nager, exécuter des mouvements que je n’ai pourtant jamais appris, comme si je les avais toujours portés quelque part en moi, dans la doublure de mon être. La caresse de l’eau sur ma nudité est une sensation pleine, je suis le monde débarrassé de toute présence humaine. Merci, merci, je crie à la vie dans les vents qui font tournoyer les sternes et cette fois, c’est pas le silence qui me répond mais le lent et profond écho de tout ce qui vit et vibre. »
Extrait 2
« Elles sont là maintenant, à s’ébattre en jeunes chiots, la fille à la tresse et Casque de cuivre. Elles ne rompent rien du parfait équilibre que j’ai atteint, elles seules peuvent se lover dans l’espace qui me contient et me crée. Je réunis tous les corps possibles et c’est si léger à porter, un millefeuille de peaux, d’herbages, d’écorces et de plumes. Je vois mon amie, son casque flamboyant n’en est plus un, ses mèches éparses rayonnent tout autant, gouttant leur feu sur la nacre des épaules. Je vois aussi comment la fille à la tresse la regarde, l’avale de tous ses yeux, ploie sous le trésor. Et sur ma peau poussent des écailles translucides où la fougue du soleil vient se réfracter. Qui aurait pu dire que ce moment aurait une fin ? Mais je crois que l’éternité n’existe qu’à être entrevue. »
Extrait 3
« Ma réflexion est tranchée net par le spectacle qui s’offre soudain. De gros flocons pleuvent sur les vallées que l’on traverse, ils semblent étonnamment chargés de toute la lumière de l’été qu’ils viennent pourtant de contredire. Ça donne à l’atmosphère une superbe étrangeté, frangée de silence. Ainsi les bouleversements du climat ne donnent-ils pas que des catastrophes.
Le chaos et la grâce. Le beau enferme, entre autres unités contraires, celles de l’instantané et de l’éternel. Casque de cuivre arrête la voiture pour qu’on puisse se mêler au grand jeu. J’ai les bras nus, il faisait si chaud encore il y a quelques minutes à peine. Le visage tourné vers le ciel, j’accueille les roses de neige.
Bizarrement je n’en sens pas le froid. »